Les Passantes
( de Georges Brassens)
Je veux dédier ce poème,
A toutes les femmes qu'on aime,
Pendant quelques instants secrets,
A celles qu'on connaît à peine,
Qu'un destin différent entraîne,
Et qu'on ne retrouve jamais.
A celles qu'on voit apparaître,
Une seconde à sa fenêtre,
Et qui, presque, s'évanouit,
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui.
A la compagne de voyage,
Dont les yeux, charmant paysage,
Font paraître court le chemin;
Qu'on est seul peut-être à comprendre,
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main.
A celles qui sont déjà prises,
Et qui, vivant des heures grises,
Près d'un être trop différent,
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant.
Chères images aperçues,
Espérances d'un jour déçues,
Vous serez dans l'oubli demain;
Pour peu que le bonheur survienne,
Il est rare qu'on se souvienne,
Des épisodes du chemin.
Mais si l'on a manqué sa vie,
On songe; avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus,
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre,
Aux cœurs qui doivent vous attendre,
Aux yeux qu'on n'a jamais revus.
Alors, aux soirs de lassitude,
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir,
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir.
Le poème des Passantes chanté par Georges Brassens, n'a pas été écrit par Brassens, mais par un auteur jusque là inconnu, nommé Antoine Pol.
Georges Brassens l'a trouvé dans un de ces établissements de droits d'auteurs.
Il a alors demandé à l'auteur, Antoine Pol, l'autorisation de mettre ce poème en musique...
Il a accepté. Ils avaient pris rendez-vous un mois plus tard, car Brassens voulait le rencontrer...
Antoine Pol est décédé en 1971, une semaine avant qu'ils se rencontrent. L'un des grands regrets de Brassens, fut de ne jamais avoir connu cet homme.
En 1911 Antoine POL écrit "Les Passantes", il dira ce que j'ai écrit à 23 ans est authentique. Dans le regard de toutes ces passantes que j'ai croisé, j'ai vu souvent dans leur cœur le drame infini ou l'ennui d'une vie sans attrait. Je lisais dans leur âme à livre ouvert et leur peine à peine cachée m'enseignait combien leurs douleurs étaient vives.